Augmentation des seins : les implants mammaires texturés au cœur d’un tourbillon médiatique

Et si on assistait aux prémices d’un nouveau scandale, quelques années après le tollé des implants PIP ? De nouvelles recherches affirment que des dizaines patientes ont développé un lymphome (une tumeur rare) après leur augmentation mammaire par implants texturés. Si le lien cause à effet n’a pas été encore clairement établi, le sujet suscite une controverse grandissante dans le milieu médical. Jusque-là favorables aux prothèses texturées, les autorités sanitaires risquent de changer de camp sous peu.

prothèse mammaire texturée
un implant mammaire à enveloppe rugueuse

Les implants à surface rugueuse associés à certains cancers ?

C’est en tout cas ce que semblent suggérer des études récentes. Suite à la mise en place d’implants rugueux, une tumeur rarissime (touchant les ganglions lymphatiques) se serait déclenchée chez plusieurs patientes. Cependant, aucune preuve scientifique ne permet encore d’incriminer les implants en question. D’ailleurs, chez les porteuses d’implants mammaire, la prévalence de ce cancer est très faible : environ un cas sur 10.000. Un modèle d’implants à surface très rugueuse (prothèse à enveloppe macrotexturée, baptisée Biocell et produite par la société Allergan) est particulièrement mis en cause. A lui seul, ce modèle serait responsable de 85% des cas de lymphome en France. Un comité d’experts devrait se réunir début 2019 afin de se prononcer sur la question. En attendant, il n’y a pas de raison de paniquer pour les porteuses d’implants. A l’évidence, la consultation annuelle reste de mise, de même que l’examen clinique à l’apparition du moindre symptôme alarmant.

Quelle différence entre les implants mammaires lisses et texturés ?

Utilisés pour la chirurgie esthétique et réparatrice, les implants texturés visent à minimiser le risque de développer une coque fibreuse. Cette complication est la plus fréquente après la mise en place de prothèses mammaires traditionnelles. Celles-ci déclenchent une réaction inflammatoire, et le corps les isole en les entourant d’une membrane fibreuse. Grâce sa paroi rugueuse, l’implant s’accroche mieux aux tissus avoisinants. Ceci diminue sa mobilité dans la loge d’implantation et minimise, en théorie, les complications possibles.

Un flou juridique qui profite aux fabricants de prothèses mammaires en Europe

L’information pourrait être surprenante mais n’en reste pas moins vraie. Selon l’enquête d’investigation baptisée « Implant Files », la procédure de contrôle et d’homologation des implants est totalement défaillante sur le Vieux Continent. En effet, pour être mis sur le marché européen, les dispositifs médicaux (contrairement aux médicaments) ne nécessitent aucune autorisation de la part des autorités sanitaires. Il suffit d’obtenir la certification CE, délivrée par des organismes de contrôle privés accrédités. Toutefois, le label CE signifie que le produit est conforme aux normes européennes, sans tenir compte de son efficacité. Dans la plupart des cas, aucun test clinique sur humain n’est demandé. Seul le fabricant est responsable du produit qu’il propose à la vente. Ainsi, aucune preuve d’efficacité n’est requise avant la mise en vente d’un dispositif médical, comme les implants mammaires.

 

Malgré quelques déboires, les prothèses mammaires sont bien tolérées et répandues dans les pays développés. D’ailleurs, l’augmentation mammaire par implants reste l’intervention de référence pour agrandir les seins. Mais en attendant la décision finale des autorités compétentes concernant les implants texturés, les agences sanitaires recommandent d’utiliser exclusivement des prothèses lisses.